ATTEINDRE ET ACCOMPAGNER LES JEUNES AU SALUT

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Auteur : Baptiste PASSAL


MESSAGE CEBI 2017

Je ne prends la parole ce matin que pour apporter le témoignage d’une expérience vécue avec mon épouse, en tant que responsables du groupe de jeunes de cette église, il y a quelques années. Comme tout témoignage, il n’est pas normatif, et je me garderai bien d’en faire une leçon de doctrine, car il contient une part de subjectivité, parce qu’il s’agissait des circonstances particulières que nous connaissions à ce moment-là. Mais il y a aussi, dans le récit de cette expérience, des éléments que quelques-uns, peut-être, pourront trouver utiles ou encourageants.

Le groupe de jeunes dont nous avions la responsabilité se réunissait tous les quinze jours, le samedi soir, pour un moment de jeux, une leçon biblique et une petite collation. Il y avait là entre dix et quinze jeunes lycéens issus pour la plupart de familles chrétiennes, mais pour autant, leur situation spirituelle à eux n’était pas claire. Pour moi, c’était une grande découverte :
— D’une part, je devais transmettre des connaissances bibliques, enseigner la parole de Dieu, ce qui était très nouveau pour moi ;
— D’autre part, je me suis confronté à la jeunesse (je n’aime pas parler d’adolescence), à cette période de la vie qui est tellement délicate, qui est toute faite de transitions qui se font parfois en douceur, et parfois brusquement, et qui n’est pas évidente à appréhender.

S’occuper de jeunes a donc été une expérience profonde pour moi, avec ses difficultés, mais très stimulante, parce que je commençais à en discerner les enjeux, les efforts à fournir, les joies aussi. Et il y avait quelque chose de très encourageant, de très plaisant pour moi et que j’ai découvert : parler de Dieu, étudier la Bible et transmettre à d’autres ce que le Seigneur m’y a appris.

C’est comme ça que j’ai commencé à apprivoiser ce service que le Seigneur a bien voulu nous confier, et à faire connaissance avec les jeunes, à cerner leur personnalité, leurs centres d’intérêt et surtout leurs besoins… J’ai essayé aussi de me rappeler ce que j’avais vécu à cette période de ma vie, mais ce n’était pas évident de le transposer dans un cadre biblique. En tout cas, avec mon épouse, nous avions à cœur ce groupe de jeunes que le Seigneur nous confiait. On voyait leurs luttes, les combats qu’ils devaient mener, de grands tiraillements, et combien il pouvait être difficile pour eux de vivre ce double contexte :
— Chrétien à la maison et à l’église ;
— Mondain au lycée et avec les copains.
Cela donnait un mélange pas évident, parce que le groupe de jeunes, c’est un peu un mélange de ces deux contextes :
— On est dans un cadre chrétien, organisé sous la tutelle de l’église ; c’est un cadre qui a son propre fonctionnement et qui, normalement, ne devrait pas fonctionner selon les principes du monde ;
— Mais on est aussi avec des copains, ou des jeunes de notre âge, des personnes du sexe opposé, que l’on fréquente généralement dans un tout autre cadre que celui de l’église.
Donc il y avait comme quelque chose de coincé dans leurs relations au sein de ce groupe de jeunes.

Pendant plusieurs mois, nous avons simplement continué ces groupes de jeunes, tel qu’ils avaient commencé : un moment de jeux, une étude biblique, une collation. Il y avait de plus en plus d’échanges entre les jeunes, et c’était encourageant. Mais il était difficile de dire ce qui se passait à l’intérieur, dans le cœur de ces jeunes, parce que rien de vraiment significatif ne se passait.

Parallèlement à cela, j’ai commencé à ressentir une certaine gêne : il y avait quelque chose qui me semblait empêcher la croissance spirituelle du groupe. C’était comme si des graines avaient germé, mais qu’elles n’avaient pas assez de lumière pour grandir et pousser des racines.

Ce n’était pas évident de discerner ce qui se passait, parce que nous commencions malgré tout à voir quelques germes pousser, mais certains jeunes semblaient vraiment venir à contrecœur à ces réunions, pas pour les bonnes raisons (même s’ils écoutaient très gentiment ce que nous leur annoncions), et nous nous demandions s’il fallait simplement s’armer de patience, ou si quelque chose devait être changé. Quand une plante n’est pas suffisamment exposée au soleil, il faut, dans la mesure du possible, changer son exposition.

Or, j’avais le sentiment que l’organisation des réunions, et notamment le temps de jeux que nous faisions à chaque fois, au lieu de favoriser l’entente était un frein au développement spirituel qui encourageait à la légèreté spirituelle. Parce que d’un côté, nous leur annoncions l’Évangile, nous leur parlions de consécration à Dieu, de ne pas vivre comme le monde. Et d’un autre côté, nous leur offrions un contre-exemple de consécration, en laissant subsister une certaine forme de mondanité au sein de ces rencontres, notamment par les jeux.

Je dis « une forme de mondanité », parce que poser ce jugement sur toute forme de jeux dans les rencontres de jeunesse ne serait pas juste, tant il faut « se faire tout à tous », selon ce que dit l’apôtre Paul, c’est-à-dire s’adapter à ceux à qui nous annonçons l’Évangile. Et certaines personnes, notamment les plus jeunes, ont besoin de temps récréatifs : on ne peut pas tenir une étude biblique de 45 minutes à l’école du dimanche ! Mais pour des lycéens qui approchent de la majorité et qui ont soif d’être considérés comme des adultes, c’est autre chose.

Et je me demandais ce qui allait se passer le jour où ces jeunes deviendraient trop âgés pour participer à des rencontres de jeunesse, où il n’y a pas de jeux ni de distraction, où l’on n’offre « que » la parole de Dieu et — éventuellement — une collation que l’on appelle « moment de communion fraternelle ».

Donc nous avons connu un tiraillement, nous aussi, à ce sujet. Est-ce qu’il fallait supprimer carrément le moment de jeux ou pas ? Quelque part, nous avions aussi la crainte que certains jeunes quittent le groupe, par mécontentement, si nous supprimions tout à fait le moment de jeux. Mais j’avais le sentiment, assez diffus, mais persistant, que Dieu n’était pas glorifié par ces rencontres. C’est en entendant une prédication sur la présence de Dieu que le Seigneur m’a secouru : le prédicateur a rappelé la séparation qui existe, non seulement entre ce qui est saint et ce qui est péché — cela, c’est une distinction que nous n’avons pas tellement de mal à faire — mais il a aussi rappelé, à partir d’Ézéchiel 42, le mur de séparation qui existe entre le saint et le profane et qui montre là où Dieu se trouve et là où il ne se trouve pas :
— Le saint, c’est évidemment la présence de Dieu ;
— Et le profane, c’est ce qui n’est pas péché à proprement parler, mais qui ne vient pas de Dieu et qui ne lui est pas consacré. Et ça, c’est peut-être moins évident à déceler.
Et en entendant cette prédication, je crois que j’ai compris que le Seigneur nous appelait à consacrer entièrement les réunions de jeunes à la Parole de Dieu, pour que les jeunes puissent s’attacher à Dieu sans distraction. Et c’est ce que nous avons fait, non sans en parler d’abord à notre pasteur qui a donné son assentiment.

J’étais vraiment heureux que le Seigneur ait donné aussi clairement sa direction, parce que pour moi, c’était très clair. Et je crois que nous l’avons annoncé aux jeunes à la réunion suivante, en expliquant pourquoi, et en apportant aussi l’enseignement que le Seigneur nous avait donné à ce moment-là. Les réactions étaient assez mitigées sur le coup.

Mais assez rapidement, le retour de manivelle s’est fait sentir, de la part de quelques jeunes, en particulier ceux dont on sentait qu’ils ne venaient pas du tout pour entendre la parole de Dieu. Il y a eu de l’opposition, même de la part de quelques parents qui estimaient que l’on ne peut pas être attractif dans notre annonce de l’Évangile si l’on n’offre pas autre chose en même temps.

Dans ces cas-là, comme souvent lorsqu’on prend position pour la gloire de Dieu, on reçoit des coups et ça fait mal. Cela a été le cas pour nous : nous avons reçu des coups. Mais je dois dire que le Seigneur avait éclairé la route avec tellement de clarté que nous n’avons pas été tentés de faire marche arrière.

Le plus douloureux, dans tout cela, a été de voir certains jeunes quitter le groupe pour ne plus du tout y revenir. C’est une blessure encore vive, et je ne doute pas que tout pasteur soit à un moment ou à un autre confronté à ce dilemme.
Mais ce qui est extraordinaire et vraiment encourageant, c’est qu’à partir de ce moment où la séparation entre le saint et le profane a été faite, plusieurs de ceux qui sont restés (et qui étaient en plus grand nombre que ceux qui sont partis) ont vécu un véritable bond spirituel. Dieu a agi avec puissance au sein du groupe et nous avons été témoins de leur engagement pour le Seigneur, les uns à la suite des autres. Et Dieu a encore ajouté d’autres jeunes à ce groupe.
Dieu a dit au prophète Jérémie : « C’est pourquoi ainsi parle l’Éternel : Si tu te rattaches à moi, je te répondrai, et tu te tiendras devant moi ; Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche » (Jérémie 15.19).

J’éprouve beaucoup de joie à vous partager aussi ce que l’un de ces jeunes a écrit, il y a quelques mois de cela. C’est un article que quelques-uns d’entre vous ont peut-être déjà lu, puisqu’il est assez largement partagé sur Internet. Je ne vous en donnerai que le titre qui est suffisamment évocateur : « Ne nous donnez pas des pizzas, donnez-nous l’Évangile ! » C’est beau qu’un jeune ose dire cela aux responsables de l’église !

Je vous ai partagé ce témoignage d’une expérience parmi d’autres, parce que celle-ci m’a beaucoup encouragé, dans une prise de position qui n’était pas évidente. Ce n’était pas évident parce que nous avons en face de nous des gens qui ont des attentes : ils pensent que l’église devrait subvenir à tel ou tel besoin pour eux ou pour leurs enfants. Et ces besoins sont parfois légitimes. Mais il peut y avoir une certaine forme de pression quand on s’entend dire qu’on va perdre les jeunes si on ne leur donne pas ce qu’ils demandent (du pain et des jeux…). Mais j’ai pour ma part la conviction que l’Église du Seigneur a une vocation bien plus grande : celle d’annoncer l’Évangile de Jésus-Christ, qui est un pain bien plus propre à nourrir le cœur des jeunes que des pizzas.